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Compte courant d'associé : régime
juridique, fiscal et blocage

Par Martin Estanove, avocat au Barreau de Paris · Selves & Godesque Avocats · Publié le 16 septembre 2026 · Mis à jour le 19 septembre 2026

Le compte courant d'associé est un prêt consenti par un associé à sa société, remboursable à tout moment sauf convention contraire, rémunéré par des intérêts déductibles sous conditions et déclaré comme une simple créance chirographaire en cas de procédure collective. Souple à mettre en place, il devient un instrument de financement structuré dès lors qu'une convention de blocage, une clause de subordination ou un abandon avec retour à meilleure fortune l'encadrent. Tout se joue dans la rédaction de la convention.

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ?

Le compte courant d'associé est une avance de fonds consentie par un associé ou un dirigeant à la société, inscrite au passif du bilan dans un compte ouvert à son nom. Juridiquement, il s'agit d'un prêt de consommation régi par les articles 1892 et suivants du Code civil, et non d'un apport en capital. L'associé prêteur ne reçoit aucun titre supplémentaire, il devient créancier de la société pour le montant avancé.

Le compte courant d'associé est-il un apport ou une dette ?

Une dette et non des fonds propres. Le compte courant d'associé figure au passif sous la rubrique « emprunts et dettes financières diverses », au compte 455 du plan comptable. Il n'entre pas dans le calcul des capitaux propres, sauf convention de blocage produisant un effet de quasi-fonds propres aux yeux des banques. Cette qualification emporte deux conséquences immédiates. La créance est remboursable selon les règles du prêt, et non selon celles de la réduction de capital. L'associé prêteur concourt avec les autres créanciers en cas de procédure collective, sans le rang subordonné que subiraient des fonds propres.

Alimentation du compte : le compte courant d'associé se nourrit de versements directs en trésorerie, mais aussi de sommes laissées à la disposition de la société, dividendes votés et non distribués, rémunération non prélevée, remboursements de frais non encaissés. Chacune de ces inscriptions vaut prêt, ce qui impose de suivre le compte avec précision pour éviter tout débat ultérieur sur le montant exigible.

Qui peut consentir une avance en compte courant ?

Tout associé, sans condition de seuil. L'article L. 312-2 CMF exclut de la notion de fonds remboursables du public les fonds reçus ou laissés en compte par les associés ou actionnaires, les administrateurs, les membres du directoire ou du conseil de surveillance et les gérants. La condition de détention minimale de 5 % du capital a été supprimée par la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019, dite loi PACTE. Un associé minoritaire, même détenteur d'une seule action, peut désormais prêter à la société sans heurter le monopole bancaire.

Dirigeant non associé et sociétés de groupe. Le dirigeant qui n'est pas associé bénéficie du même texte dès lors qu'il exerce un mandat social. Entre sociétés d'un même groupe, l'article L. 511-7, I, 3° CMF autorise en outre les opérations de trésorerie intragroupe, ce qui permet à une holding de financer ses filiales par compte courant sans agrément bancaire. Le tiers, en revanche, ne peut prêter à titre habituel sans tomber sous le coup de l'interdiction de l'article L. 511-5 CMF.

Quelles conditions encadrent le compte courant d'associé ?

Conditions de validité cumulatives. La souplesse du compte courant d'associé ne dispense pas de respecter quatre séries de règles, dont l'oubli expose à la nullité de la convention, à la remise en cause fiscale des intérêts ou à une qualification pénale.

  1. Convention écrite. Aucun texte n'impose l'écrit, mais la preuve du prêt, de son montant, de son taux et de ses modalités de remboursement repose sur lui. L'article 1359 C. civ. exige un écrit au-delà de 1 500 euros entre non-commerçants, et l'administration fiscale refuse la déduction d'intérêts dont la convention n'est pas datée avec certitude.
  2. Procédure des conventions réglementées. La rémunération du compte courant est une convention conclue entre la société et l'un de ses dirigeants ou associés. Elle relève de l'article L. 223-19 C. com. dans la SARL, de l'article L. 225-38 C. com. dans la SA et de l'article L. 227-10 C. com. dans la SAS. L'avance non rémunérée peut relever des conventions courantes conclues à des conditions normales, dispensées de contrôle par l'article L. 223-20 C. com. et l'article L. 225-39 C. com.
  3. Interdiction du compte courant débiteur. L'article L. 223-21 C. com. interdit aux gérants et associés personnes physiques de SARL de se faire consentir un découvert en compte courant. La même prohibition frappe les administrateurs de SA à l'article L. 225-43 C. com. et les dirigeants de SAS à l'article L. 227-12 C. com. La convention contraire est nulle et le découvert caractérise l'abus de biens sociaux des articles L. 241-3 et L. 242-6 C. com.
  4. Capital entièrement libéré. La déduction fiscale des intérêts servis aux associés suppose que le capital social soit intégralement libéré, condition posée par l'article 39, 1, 3° CGI. Une SAS dont le capital n'est libéré qu'à moitié verse des intérêts non déductibles.

La convention de compte courant doit-elle être approuvée par les associés ?

Approbation a posteriori et non autorisation préalable. Dans la SARL et la SAS, la convention réglementée est soumise à l'approbation de l'assemblée sur rapport du gérant, du président ou du commissaire aux comptes, l'associé intéressé ne prenant pas part au vote. Le défaut d'approbation n'entraîne pas la nullité, mais engage la responsabilité du dirigeant pour les conséquences dommageables. Dans la SA, l'autorisation préalable du conseil d'administration est requise par l'article L. 225-40 C. com., et son absence permet l'annulation de la convention si elle a eu des conséquences dommageables pour la société, dans un délai de trois ans fixé par l'article L. 225-42 C. com.

Quelles clauses insérer dans la convention de compte courant ?

Clauses structurantes de la convention : le montant maximal de l'avance ou l'ouverture d'une ligne plafonnée, le taux d'intérêt et sa base de calcul, la périodicité de capitalisation, la durée de blocage éventuelle, le préavis de remboursement, les cas d'exigibilité anticipée, la subordination à d'autres dettes et le sort du compte en cas de cession des titres. Chacune de ces clauses répond à une question que le silence de la convention renvoie au droit commun, rarement favorable à la société.

Quand et comment le compte courant d'associé est-il remboursé ?

Remboursement à tout moment. À défaut de convention fixant un terme, l'associé peut exiger le remboursement de son compte courant à tout moment, quelle que soit la situation financière de la société. La Cour de cassation l'affirme avec constance depuis un arrêt de la chambre commerciale du 24 juin 1997 (n° 95-20.056), confirmé par un arrêt du 8 décembre 2009 (n° 08-16.418). Ce principe distingue radicalement le compte courant du capital, dont la restitution suppose une réduction de capital ou la liquidation.

La société peut-elle refuser le remboursement en invoquant ses difficultés ?

Les difficultés financières ne sont pas une cause de refus. La chambre commerciale a jugé le 9 octobre 2007 (n° 06-19.060) qu'une société ne peut opposer sa situation de trésorerie pour différer le remboursement d'un compte courant exigible. Le juge ne dispose pas davantage du pouvoir de bloquer le compte d'office. Il peut seulement accorder les délais de grâce de l'article 1343-5 C. civ., dans la limite de deux années, en considération de la situation du débiteur et des besoins du créancier.

Point de vigilance sur la mise en demeure : la demande de remboursement doit être formalisée par lettre recommandée avec avis de réception, qui fait courir les intérêts moratoires et fixe le point de départ d'une éventuelle action en paiement. L'action se prescrit par cinq ans en application de l'article L. 110-4 C. com., le délai courant à compter de la demande de remboursement et non de l'inscription en compte.

L'assemblée peut-elle imposer le blocage du compte courant ?

Blocage forcé et augmentation des engagements. Une décision collective, même prise à l'unanimité des autres associés, ne peut imposer à un associé le blocage de son compte courant. La Cour de cassation y voit une augmentation de ses engagements, prohibée par l'article 1836, alinéa 2 C. civ. et par l'article L. 225-96 C. com., qui exige le consentement individuel de l'associé concerné (Cass. com., 10 mai 2011, n° 10-18.749). Une clause statutaire de blocage n'est efficace qu'à l'égard des associés qui l'ont acceptée ou qui ont adhéré aux statuts en connaissance de cause.

Le remboursement par compensation : la société peut compenser le solde créditeur du compte courant avec une dette de l'associé à son égard, par exemple le solde d'une souscription non libérée, dans les conditions de l'article 1347 C. civ. Cette compensation est fréquemment utilisée pour libérer le capital lors d'une augmentation, ce qui rejoint le mécanisme de l'incorporation traité plus bas.

Comment fonctionne la convention de blocage du compte courant d'associé ?

La convention de blocage est l'engagement pris par l'associé de ne pas demander le remboursement de son compte courant pendant une durée déterminée ou jusqu'à la survenance d'un événement défini. Elle transforme une dette exigible à vue en ressource stable, ce que recherchent les banques prêteuses, les investisseurs et les tribunaux saisis d'un plan de sauvegarde.

Pourquoi les banques exigent-elles le blocage du compte courant ?

Quasi-fonds propres et ratios bancaires. Le prêteur senior analyse la structure financière de l'emprunteur à partir du ratio dette nette sur fonds propres et du ratio de levier. Un compte courant remboursable à tout moment est retraité en dette financière et dégrade ces ratios. Bloqué pour la durée du crédit et subordonné à son remboursement, il est assimilé à des quasi-fonds propres. La convention de blocage est donc, dans la quasi-totalité des financements bancaires structurés, une condition suspensive de mise à disposition des fonds.

Engagement de maintien et clause de cross-default. Le contrat de crédit contient en général un engagement de l'emprunteur de faire respecter le blocage, assorti d'un cas de défaut si un remboursement intervient sans l'accord du prêteur. L'associé signe alors, le plus souvent, une lettre de blocage directement au profit de la banque, qui lui confère un droit propre d'en exiger le respect. C'est ce mécanisme qui protège le prêteur au-delà du seul engagement de la société.

Quelle durée et quelles exceptions prévoir dans la convention de blocage ?

Durée alignée sur le financement. Le blocage court en pratique jusqu'au remboursement intégral de la dette senior, soit cinq à sept ans dans un financement d'acquisition classique. La convention prévoit des exceptions négociées, dites déblocages autorisés, qui s'énumèrent avec précision.

  1. Paiement des intérêts courants : autorisé sous réserve du respect des ratios financiers et de l'absence de cas de défaut en cours.
  2. Remboursement partiel sur excédent de trésorerie : permis au-delà d'un seuil de trésorerie minimale ou après affectation de l'excédent de trésorerie au remboursement anticipé de la dette senior.
  3. Remboursement en cas de cession de contrôle : couplé au remboursement anticipé obligatoire de la dette senior, de sorte que l'associé sortant ne laisse pas son compte dans la cible.
  4. Substitution par des fonds propres : possibilité de rembourser le compte courant par le produit d'une augmentation de capital souscrite en numéraire, neutre pour le prêteur.

Blocage et procédure collective : la convention de blocage ne prive pas l'associé de sa qualité de créancier. En cas d'ouverture d'une procédure de sauvegarde ou d'un redressement judiciaire, il déclare sa créance et le tribunal peut lui imposer les délais du plan, la question étant traitée plus loin.

Quelle est la fiscalité du compte courant d'associé ?

Fiscalité à double détente. Les intérêts versés sont une charge pour la société et un revenu pour l'associé. Leur déductibilité est plafonnée par le Code général des impôts, et leur imposition chez le bénéficiaire dépend de sa qualité de personne physique ou de personne morale.

Quel taux d'intérêt maximal est déductible fiscalement ?

Le taux limite de l'article 39, 1, 3° CGI : les intérêts servis aux associés sont déductibles dans la limite de la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises d'une durée initiale supérieure à deux ans. Ce taux est publié chaque trimestre au Journal officiel et s'établissait à environ 5,8 % pour les exercices de douze mois clos au 31 décembre 2023. La fraction excédentaire est réintégrée au résultat imposable et, dans les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés, traitée comme un revenu distribué chez l'associé.

Entreprises liées et taux de marché : lorsque le prêteur est une société liée au sens de l'article 39, 12 CGI, l'article 212, I CGI admet la déduction d'un taux supérieur au taux limite si l'emprunteur démontre qu'il correspond à celui qu'il aurait obtenu d'un établissement financier indépendant dans des conditions analogues. La preuve repose sur une étude de taux contemporaine du prêt, que l'administration exige de plus en plus systématiquement en contrôle.

Plafonnement global des charges financières : depuis les exercices ouverts en 2019, l'article 212 bis CGI limite la déduction des charges financières nettes au plus élevé de 3 millions d'euros ou de 30 % de l'EBITDA fiscal, avec un régime durci pour les sociétés sous-capitalisées dont la dette envers les entreprises liées excède une fois et demie les fonds propres. Les intérêts de compte courant entrent dans cette assiette.

Comment les intérêts sont-ils imposés chez l'associé ?

Associé personne physique : les intérêts constituent des revenus de capitaux mobiliers soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % prévu par l'article 200 A du Code général des impôts, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, prélevés à la source par la société en application de l'article 125 A du Code général des impôts. L'option pour le barème progressif reste ouverte et se révèle avantageuse lorsque le taux marginal de l'associé est inférieur à 12,8 %.

Associé personne morale : les intérêts perçus sont des produits financiers imposables à l'impôt sur les sociétés au taux de droit commun. Ils sont exonérés de TVA en vertu de l'article 261 C, 1°, a du Code général des impôts, ce qui dispense la holding prêteuse de facturer la taxe mais affecte son coefficient de déduction.

L'avance sans intérêt est-elle risquée fiscalement ?

Acte anormal de gestion et prêt intragroupe. Une personne physique peut consentir une avance gratuite sans risque fiscal, le renoncement à un revenu n'étant pas imposable. Une société prêteuse, en revanche, doit justifier d'un intérêt propre à ne pas facturer d'intérêts à sa filiale, faute de quoi l'administration réintègre les intérêts non perçus sur le fondement de l'acte anormal de gestion. La jurisprudence du Conseil d'État admet la gratuité lorsque la mère sauvegarde ainsi la valeur de sa participation ou évite une procédure collective de la filiale, mais la preuve pèse sur le contribuable.

SituationTraitement chez la société emprunteuseTraitement chez l'associéTexte
Intérêts dans la limite du taux légalCharge déductiblePFU 30 % ou barème (personne physique), IS (personne morale)Article 39, 1, 3° CGI
Intérêts excédant le taux légalFraction réintégréeRevenu distribué imposableArticle 39, 1, 3° et article 109 CGI
Capital non entièrement libéréIntérêts non déductiblesRevenu imposableArticle 39, 1, 3° CGI
Avance gratuite d'une société liéeAucune chargeRisque d'acte anormal de gestion chez le prêteurArticle 38 et article 209 CGI
Abandon de compte courant hors procédure collectiveProduit imposable sauf retour à meilleure fortunePerte non déductible (personne morale)Article 39, 13 CGI

Abandon de compte courant et incorporation au capital : quelles options ?

Deux techniques de renforcement des fonds propres. Lorsque la société a besoin de reconstituer ses capitaux propres, notamment pour sortir de la situation de l'article L. 223-42 C. com. ou de l'article L. 225-248 C. com. dans laquelle ils sont devenus inférieurs à la moitié du capital, l'associé peut abandonner sa créance ou la convertir en capital. Les effets juridiques et fiscaux diffèrent sensiblement.

Comment fonctionne l'abandon de compte courant avec clause de retour à meilleure fortune ?

L'abandon de créance éteint la dette de la société, qui constate un produit exceptionnel du montant abandonné. La clause de retour à meilleure fortune subordonne cette extinction à une condition résolutoire, la créance renaissant si la société retrouve une situation financière définie par des critères objectifs, résultat net positif, capitaux propres reconstitués ou distribution de dividendes. La clause doit fixer une durée, un ordre de priorité par rapport aux autres créanciers et un mode de constatation du retour à meilleure fortune.

Fiscalité de l'abandon : chez la société bénéficiaire, le produit est imposable sauf imputation sur les déficits reportables. Chez l'associé personne morale, l'article 39, 13 CGI interdit la déduction des abandons de créance à caractère financier, sauf lorsqu'ils sont consentis dans le cadre d'une procédure de conciliation homologuée, d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Chez l'associé personne physique, l'abandon augmente le prix de revient des titres dans la limite de la revalorisation de la participation, ce qui n'est admis qu'à hauteur de la situation nette négative comblée.

Comment incorporer un compte courant au capital ?

Augmentation de capital par compensation de créance. L'article L. 225-128 C. com. autorise la libération d'une augmentation de capital par compensation avec des créances liquides et exigibles sur la société. La procédure suit des étapes impératives.

  1. Arrêté de compte : le dirigeant établit un arrêté du compte courant, certifié exact par le commissaire aux comptes ou, à défaut, par un commissaire aux comptes désigné à cet effet, conformément à l'article R. 225-134 C. com.
  2. Exigibilité de la créance : un compte courant bloqué n'est pas exigible et ne peut être compensé sans levée préalable du blocage, ce qui suppose l'accord de la banque bénéficiaire.
  3. Décision d'augmentation de capital : assemblée générale extraordinaire, avec suppression du droit préférentiel de souscription au profit de l'associé apporteur si les autres associés ne participent pas.
  4. Formalités : dépôt de l'arrêté de compte au greffe, modification des statuts et publicité.

Effet sur la dilution et le prix par action : la conversion d'un compte courant en capital modifie la géographie du capital. Elle doit être anticipée dans le pacte d'associés, qui prévoit en général une clause anti-dilution ou un droit de participation des autres associés à toute conversion.

Comment le compte courant d'associé s'articule-t-il avec la dette senior dans un LBO ?

Le compte courant d'associé dans une structure de LBO intervient comme instrument de quasi-fonds propres apporté par le fonds d'investissement ou les managers à la holding de reprise, aux côtés du capital et, le cas échéant, d'obligations convertibles. Sa place dans l'ordre des paiements est déterminée par la convention de subordination signée avec les prêteurs seniors et mezzanine.

Qu'est-ce qu'une convention de subordination ?

La convention de subordination est l'accord par lequel un créancier, dit junior, accepte de n'être payé qu'après désintéressement complet d'un autre créancier, dit senior. Elle repose sur la liberté contractuelle consacrée par l'article 1102 C. civ. et produit ses effets entre les parties signataires, ce qui explique que l'associé titulaire du compte courant y soit partie en son nom propre. La convention organise en général trois séries de restrictions.

  1. Interdiction de paiement : aucun remboursement de principal ni, sauf exception, aucun paiement d'intérêts avant le remboursement intégral de la dette senior, les intérêts étant capitalisés.
  2. Interdiction d'action : l'associé s'engage à ne pas mettre en demeure la société, à ne pas engager d'action en paiement ni à demander l'ouverture d'une procédure collective pendant la durée de la subordination.
  3. Clause de reversement : toute somme perçue en violation de la subordination est détenue pour le compte du créancier senior et lui est reversée.

Compte courant, prêt participatif ou obligations convertibles : comment choisir ?

Le prêt participatif de l'article L. 313-13 CMF est légalement subordonné. L'article L. 313-15 CMF dispose qu'il n'est remboursé qu'après désintéressement complet de tous les autres créanciers privilégiés ou chirographaires. Il est assimilé à des fonds propres pour l'appréciation de la situation financière de l'emprunteur, ce qui en fait l'instrument le plus protecteur pour la banque, mais le moins souple pour l'investisseur.

Les obligations convertibles offrent au fonds une rémunération capitalisée et un accès au capital en cas de sous-performance, au prix d'une documentation plus lourde et d'un régime fiscal propre. Le compte courant d'associé conserve l'avantage de la simplicité et de la liquidité en cas de sortie, puisqu'il est cédé avec les titres. Le choix se fait en fonction du niveau de subordination exigé par les prêteurs et du traitement souhaité dans le management package des dirigeants.

Que devient le compte courant en cas de cession des titres ?

Cession du compte courant avec les titres. Le compte courant n'est pas un accessoire des titres et n'est pas transmis automatiquement avec eux. Le protocole de cession doit prévoir soit son remboursement préalable par la société, soit sa cession à l'acquéreur pour un prix distinct du prix des titres. La cession de créance obéit aux articles 1321 et suivants du Code civil, et son opposabilité à la société suppose la notification ou la prise d'acte prévue par l'article 1324 C. civ. Le prix du compte courant échappe au droit d'enregistrement de l'article 726 CGI, qui ne frappe que les cessions de droits sociaux, ce qui explique l'attention de l'administration à toute ventilation artificielle entre prix des titres et prix du compte courant.

Que devient le compte courant d'associé en procédure collective ?

Une créance chirographaire ordinaire. L'ouverture d'une sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire place l'associé titulaire d'un compte courant dans la situation de tout créancier antérieur. Il est soumis à l'interdiction des paiements de l'article L. 622-7 C. com. et à l'arrêt des poursuites individuelles de l'article L. 622-21 C. com.

L'associé doit-il déclarer son compte courant au passif ?

Déclaration de créance obligatoire. L'associé déclare sa créance au mandataire judiciaire dans le délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, en application de l'article L. 622-24 C. com. et de l'article R. 622-24 C. com. À défaut, la créance est inopposable à la procédure et l'associé ne participe pas aux répartitions ni aux dividendes du plan. Le relevé de forclusion de l'article L. 622-26 C. com. n'est accordé que si la défaillance n'est pas due au fait du créancier, ce qui est rarement retenu pour un associé dirigeant qui connaissait l'ouverture de la procédure.

Le plan peut-il imposer des délais au compte courant du dirigeant ?

Délais imposés et durée du plan. Le tribunal peut imposer aux créanciers qui ont refusé les propositions de règlement des délais uniformes de paiement dans la limite de la durée du plan, soit dix ans au plus en vertu de l'article L. 626-12 C. com., sans remise. L'article L. 626-18 C. com. précise que le premier paiement intervient dans le délai d'un an et que les annuités à compter de la troisième année ne peuvent être inférieures à 5 % du passif admis. Le compte courant du dirigeant subit ces délais comme les autres créances chirographaires, la pratique des tribunaux étant souvent d'en exiger le blocage pendant toute la durée du plan comme gage de sérieux.

L'apport en compte courant pendant la procédure bénéficie-t-il d'un privilège ?

Privilège de l'argent frais. L'apport de trésorerie consenti par un associé pendant la période d'observation bénéficie du privilège de l'article L. 622-17 C. com. s'il est né régulièrement pour les besoins du déroulement de la procédure. Dans le cadre d'une conciliation homologuée, l'article L. 611-11 C. com. confère au nouvel apport un privilège de paiement prioritaire en cas de procédure collective ultérieure. Ce privilège est refusé aux apports consentis par les associés dans le cadre d'une augmentation de capital, mais reste ouvert aux apports en compte courant, ce qui rend cet instrument précieux en restructuration.

Responsabilité pour soutien abusif : l'article L. 650-1 C. com. limite la responsabilité du créancier du fait des concours consentis aux cas de fraude, d'immixtion caractérisée dans la gestion ou de disproportion des garanties prises. L'associé dirigeant qui alimente le compte courant d'une société en état de cessation des paiements pour retarder l'ouverture de la procédure s'expose en revanche à l'action en responsabilité pour insuffisance d'actif de l'article L. 651-2 C. com., l'aggravation du passif étant alors imputable à sa gestion.

Quelles sont les erreurs fréquentes en matière de compte courant d'associé ?

Erreurs de structuration récurrentes. Les contentieux et redressements observés en pratique se concentrent sur un nombre limité de situations, toutes évitables par une convention correctement rédigée et suivie.

ErreurRisqueCorrectif
Absence de convention écrite datéeRefus de déduction des intérêts, contestation du montant en cas de conflit entre associésConvention signée, enregistrée ou horodatée, arrêté de compte annuel
Compte courant débiteur d'un gérant de SARLNullité, abus de biens sociaux au sens de l'article L. 241-3 C. com.Régularisation immédiate, suivi mensuel du solde
Intérêts servis sur capital non libéréRéintégration fiscale intégrale au titre de l'article 39, 1, 3° CGILibération du capital avant tout versement d'intérêts
Blocage voté en assemblée sans consentement individuelInopposabilité à l'associé, remboursement exigibleConvention de blocage signée par chaque associé concerné
Compte courant oublié lors de la cession des titresCréance conservée par le cédant, litige sur le prixClause de cession ou de remboursement du compte dans le protocole
Absence de déclaration au passifForclusion, perte de la créance dans la procédureDéclaration dans les deux mois de l'article L. 622-24 C. com.

Comment sécuriser le compte courant du dirigeant caution ?

Cumul du compte courant et du cautionnement. Le dirigeant qui a simultanément prêté à sa société et garanti ses dettes bancaires supporte un double risque. Le remboursement de son compte courant peu avant l'ouverture d'une procédure collective peut être annulé au titre de la période suspecte sur le fondement de l'article L. 632-2 C. com., si le dirigeant connaissait l'état de cessation des paiements. La négociation d'une caution personnelle du dirigeant doit donc intégrer le sort du compte courant, en plafonnant l'engagement ou en obtenant la libération de la caution en contrepartie du blocage.

Faut-il préférer l'augmentation de capital au compte courant ?

Arbitrage entre capital et compte courant. L'augmentation de capital renforce durablement la solvabilité et rassure les tiers, mais elle est irréversible, coûteuse en formalités et modifie la répartition des droits de vote. Le compte courant préserve la liquidité de l'associé, se rémunère par des intérêts déductibles et se rembourse sans formalisme. Pour un besoin de trésorerie temporaire, le compte courant s'impose. Pour un besoin structurel ou pour reconstituer les capitaux propres à la demande d'un prêteur, l'augmentation de capital ou le compte courant bloqué et subordonné constituent la réponse adaptée. La décision se prend au regard du calendrier de sortie de l'associé et du niveau de levier acceptable pour la société.

FAQ

Un associé peut-il demander le remboursement de son compte courant à tout moment ?

Oui, sauf convention de blocage ou clause fixant un terme. La Cour de cassation juge que le compte courant d'associé est remboursable à tout moment et que la société ne peut opposer ses difficultés financières pour refuser le paiement. Le juge peut seulement accorder un délai de grâce de deux ans au plus sur le fondement de l'article 1343-5 C. civ.

Quel taux d'intérêt peut-on appliquer à un compte courant d'associé ?

Le taux est libre entre les parties, mais la déduction fiscale des intérêts est plafonnée au taux effectif moyen des prêts bancaires à taux variable aux entreprises d'une durée supérieure à deux ans, publié chaque trimestre. Au-delà, la fraction excédentaire est réintégrée au résultat de la société et imposée chez l'associé comme un revenu distribué.

Faut-il détenir 5 % du capital pour faire un apport en compte courant ?

Non, cette condition a été supprimée par la loi PACTE du 22 mai 2019. Tout associé, quelle que soit sa participation, ainsi que tout dirigeant, peut consentir une avance en compte courant sans méconnaître le monopole bancaire, en application de l'article L. 312-2 CMF.

Comment sont imposés les intérêts d'un compte courant d'associé ?

Pour un associé personne physique, les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec option possible pour le barème progressif. Pour un associé personne morale, ils constituent un produit financier imposable à l'impôt sur les sociétés et exonéré de TVA.

Un compte courant d'associé peut-il être débiteur ?

Non pour les gérants et associés personnes physiques de SARL, les administrateurs de SA et les dirigeants de SAS. Le découvert en compte courant leur est interdit à peine de nullité par les articles L. 223-21, L. 225-43 et L. 227-12 C. com., et il peut constituer un abus de biens sociaux. Seul un associé personne morale peut, sous conditions, présenter un compte courant débiteur.

Que devient le compte courant d'associé en cas de liquidation judiciaire ?

L'associé est un créancier chirographaire. Il doit déclarer sa créance dans les deux mois de la publication du jugement au BODACC et n'est payé qu'après les créanciers privilégiés, selon l'actif disponible. En pratique, le compte courant est le plus souvent perdu en liquidation, ce qui justifie de limiter son montant ou de le garantir par une sûreté lorsque la situation le permet.

Peut-on transformer un compte courant d'associé en capital ?

Oui, par augmentation de capital libérée par compensation avec la créance, qui doit être liquide et exigible. Un arrêté de compte certifié par le commissaire aux comptes est requis, et l'assemblée générale extraordinaire décide l'opération. Un compte courant bloqué doit préalablement être débloqué avec l'accord du bénéficiaire du blocage.

Qu'est-ce qu'une convention de subordination de compte courant ?

C'est l'accord par lequel l'associé accepte que son compte courant ne soit remboursé qu'après le paiement intégral d'une autre dette, en général la dette bancaire senior. Elle interdit tout paiement et toute action en recouvrement pendant la durée du financement, et impose de reverser au prêteur senior toute somme perçue en violation de cet ordre.

Martin Estanove
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Martin Estanove

Avocat d’affaires dont la pratique est centrée sur le M&A et le financement structuré, Martin Estanove accompagne dirigeants et investisseurs dans la sécurisation de leurs opérations de haut de bilan. Il intervient sur les mécanismes de sûretés, les garanties personnelles souscrites lors de financements bancaires et les conditions de mise en jeu lors des transmissions d’entreprise.

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